La comp’araison
Si on parle parfois (beaucoup) trop, que les mots servent à paraitre au yeux de l’autre, je me suis aussi fréquemment interrogé sur l’origine de ce besoin. Quand est-ce que le regard d’autrui est devenu prédominant? Pourquoi dois-je sentir que l’autre m’apprécie, approuve ce que je fais ou porte, valide qui je suis?
L’école joue un rôle incommensurable dans la construction de notre identité. Outre les relations qui se tissent entre élèves et le besoin, parfois, de jouer des coudes pour être vu ou écouté, les méthodes appliquées à l’école m’ont aussi servi d’exemple. C’est un tissu d’éléments mis bout à bout qui m’ont en quelque sorte inculqué un esprit compétitif: l’évaluation par des notes de chacun de mes apprentissages; la répartition des élèves dans des classes qui rassemblent entre eux respectivement les meilleurs et les moins bons. Je me souviens aussi d’enseignants qui, lors de la reddition de tests écrits, appelaient chaque élève pour passer devant la classe jusqu’à son pupitre, dans l’ordre croissant ou décroissant des résultats. Je me rappelle comme si c’était hier de la gêne ressentie par mes camarades et moi-même (vive les tests d’allemand), qui passions entre les tables, en premier ou en dernier, et recevions la moins bonne note. Que peut-il en ressortir de bon sinon un sentiment de honte pour les cancres, une fierté mal placée pour les mieux notés?
Enfin, la relation entre collégiens n’était pas pétrie de bienveillance non plus. Dans une période où chacun se cherche une identité, le plus simple raccourci est celui du rabaissement pour se sentir supérieur. Qui a la meilleure note, qui court le plus vite, qui a les nouvelles AirMax? On se compare pour se sentir bien, on se sent bien quand la comparaison nous permet de conclure que nous sommes meilleur que l’autre. Autrement dit:
La compétition a raison
La compét’ a raison
La comp’araison
La comparaison