Illustration: Tina Urmankovic (20est)
On parle
(beaucoup trop)
Une fois la première porte ouverte, aussi petite ou insignifiante soit-elle, j’ai été surpris de voir comment tout peut s’enchainer. Car une fois que nous avons décidé de nous rencontrer, de nous regarder avec honnêteté, plus rien ne peut véritablement nous arrêter.
La troisième étape de ce retour à soi touchait justement à l’honnêteté elle-même. Être honnête, c’est se dire la vérité. Se dire la vérité, c’est utiliser les bons mots, les mots justes qui traduisent ce que nous pensons. Je réalisai combien les mots sont « utilisés », c’est-à-dire combien ils sont des outils. Les mots ont une force inimaginable: ils sont des portes pour ouvrir, créer; ils sont des boucliers pour se protéger; ils sont des fleurs pour émouvoir; ils sont des armes pour chagriner, détruire; ils sont des fils pour manipuler; ils sont aussi des cachettes où nous terrer pour éviter d’être réellement vu par les autres. En définitive, ils sont un miroir de la version actuelle de nous-même.
Mes mots à moi étaient souvent maladroits, parfois réactifs et blessants. C’est grâce à une personne chère à mon cœur, qui utilisait ses mots comme des cadeaux, que j’ai pu prendre conscience de mon hermétisme: mes mots créaient un certain mystère, une distance certaine entre toi et moi. « Mais si je ne parle jamais vraiment, comment pourriez-vous me connaître? » Cette prise de conscience fut un pas supplémentaire vers moi-même.
Et toi, comment utilises-tu les mots? Te caches-tu derrière eux? A quoi te servent-ils, exactement?
Anecdote: quand j’étais adolescent, j’étais étonné de voir comment une dispute pouvait éclater à partir d’un « rien », à partir d’un « pas grand-chose ». Je me suis toujours interrogé sur les raisons qui menaient à monter les tours avec quelqu’un, à utiliser des mots que nous regrettons la seconde d’après. C’est donc naturellement que j’ai souhaité expliquer les mécanismes qui se déclenchent lors d’une dispute, de généraliser ses étapes. J’ai ensuite eu l’envie d’en donner un exemple, de donner vie à cette dispute. Ce sont deux amis comédiens (Tiphanie Bovay-Klameth et Alain Börek), rencontrés lorsque nous faisions de l’improvisation théâtrale ensemble, qui ont improvisé une dispute après avoir écouté la chanson. Sébastien Cancellara, le pianiste présent sur cette chanson, participais lui aussi à des évènements d’improvisation (musicale). Il y a donc une forte empreinte de trois passions dans cette chanson : l’écriture ; la musique et le théâtre (pour en savoir plus, clique sur l’onglet « bio »).